DÉCOUVERTE D'UN CHARNIER
À FIL FILA
L'ombre d'Aussaresses ?
Lourde était l'atmosphère hier au niveau du 8e
poste de la plage Ben M'hidi, dans la commune de Fil
Fila, après la découverte, toute fortuite, d'un
charnier de six squelettes qui seraient, d'après des
témoignages locaux, ceux d'Algériens tués durant la
guerre de Libération. Les squelettes qui ont été
transportés hier vers le siège de la commune ont été
découverts par les policiers de l'arrondissement de
Fil Fila. Ces derniers, alertés par des estivants
après la découverte d'un ossement, ont engagé des
fouilles au niveau d'une dune pour exhumer les
restes de six hommes tassés les uns sur les autres.
Quelques objets personnels (portefeuille, boîte de
chique…) ont également été récupérés sur les lieux.
Un fait qui vient consolider l'hypothèse avancée
par certains moudjahidines de la région qui
affirment que le charnier serait beaucoup plus
important et qu'il contiendrait plus de 100 chouhada
abattus à El Alia par le tristement célèbre
Aussaresses, après les événements du 20 août 1955.
Cette hypothèse est également consolidée par
d'autres faits rapportés par le général Aussaresses
lui-même dans son livre Services spéciaux Algérie
1955-1957, et auxquels il a consacré tout un
chapitre. Aussaresses était à l'époque (1955)
officier de renseignements à Skikda et il avait
ordonné et dirigé la répression contre les civils
d'El Alia, une mine de sulfure de fer située à moins
de 2 km du lieu du charnier découvert. Juste après
les attaques du 20 août 1955, dirigées par Zighoud
Youcef, Aussaresses, par représailles, ordonne aux
militaires français d'abattre sur place plus de 60
civils habitant les alentours de la mine.
Et comme il le rapporte sournoisement dans son
propre livre, les militaires ont préféré ramener les
pauvres citoyens vers Aussaresses qui ne se gênera
nullement de les liquider juste à quelques dizaines
de mètres de la plage, comme en témoigne ce passage
tiré de son livre : «J'ai fait aligner les
prisonniers, aussi bien les fels que les ouvriers
musulmans qui les avaient aidés. Au moment
d'ordonner le feu, Bébé(un adjudant et ami
d'Aussaresses, ndlr) était nettement moins chaud.
(...) J'ai été obligé de passer les ordres moi-même.
J'étais indifférent : il fallait tuer, c'est tout,
et je l'ai fait.»
La sauvagerie d'Aussaresses ne se limitera pas à
ce point, car juste quelques jours après, une
centaine d'autres citoyens de la région d'El Alia
sont faits prisonniers, torturés et liquidés sur
place, comme le rapportent ces lignes du même livre
: «Bien sûr, parmi ces prisonniers, il y avait des
montagnards, des types de la campagne (…). Une fois
que nous les avions interrogés et que nous en avions
tiré tout ce que nous pouvions, que fallait-il en
faire ? (...). Alors, j'ai désigné des équipes de
sous-officiers et je leur ai donné l'ordre d'aller
exécuter les prisonniers.» D'après des sources locales, les recherches
devraient se poursuivre afin de déterrer d'éventuels
ossements. En plus de l'émoi suscité, cette découverte est
venue confirmer aussi l'horreur de l'occupation et
la bestialité d'un homme sans scrupule, il reste
encore à Skikda, comme l'ensemble du pays qui
s'apprête à célébrer les glorieux événements du 20
août 1955, à revenir sur les traces de l'horreur
commise à El Alia.
On se rappelle d'ailleurs de l'effervescence qui
s'était emparée au lendemain de la publication du
livre d'Aussaresses de plusieurs associations à
caractère historique qui envisageaient à l'époque de
poursuivre le général en justice. Où en sont les poursuites judiciaires ? Difficile d'y répondre pour l'instant, même si
l'opportunité du 20 août prochain devrait être
saisie pour rendre à ces centaines de martyrs
abattus froidement le droit à une tombe et à un
recueillement à la hauteur de l'événement.
K.Ouahab
|