Fatah Rouana

El Oud oua El Milah...

Fatah Rouana, un authentique oulid Bled, Skikdi quoi ! Maloufji pure souche, il fait partie d’un petit groupe de mélomanes qui continuent à pérenniser le malouf dans une ville qui lui a été de tout temps acquise. En avril 2001, il créa un véritable tremblement de terre à Constantine en remportant le premier prix du Hawzi et du Mahjouz. Parjure ! Lui, le jeune venu de Skikda a osé concurrencer une pléiade de jeunes constantinois dans leur propre fief et dans leur propre genre. Mais ce n’était là bien sur qu’une reconnaissance que lui avaient adjugée les maîtres locaux ; Cheikh Darsouni, Bentobal, Ben Khouiyat… D’ailleurs ces mêmes maîtres l’inviteront plus tard à faire partie de l’ensemble pilote de Constantine sous la direction du Dr Zerouala et Cheikh Darsouni qui participera à l’année de l’Algérie en France.

         Fatah raconte qu’il a de tout temps eu ce petit faible pour le Malouf. Normal, il a été élevé aux sons des ‘Laliyines’, un vocable typiquement Skikdi qui veut dire instrumentistes. Il a joué dans la cour des grands cheikhs locaux ; les Azzouz , Hadjeriou, Debbah, Naïmi, Benjamaâ, Ténor et beaucoup d’autres encore. Puis il aura la chance de rencontrer Benmsaïb, le cheikh annabi qui l’aidera à affûter son archet et à plonger dans le vaste monde des Noubas. Il n’a pas appris le solfège, Fatah. Non, il se fie à ses dons « comme El Hadj Fergani, lui aussi, il n’a jamais appris le solfège ! » lance t-il comme une justification. Devenu par la force de son talent l’incontournable ‘label’ de la musique locale et un ‘must’ des fêtes familiales, Fatah aura le privilège de chanter pour tous les invités de marque qui passeront par Skikda : Boumediene, Castro, Chadli, Ouyahia …Il a surtout animé des hommages à ses deux maîtres de toujours ; Cheikh Darsouni et El Haj El Fergani

Mais la plus belle des reconnaissances que Fatah évoque comme une apothéose reste liée à sa rencontre avec le défunt Cheikh Ténor. Laissons plutôt Fatah en parler : « Un jour l’ENTV passa dans la matinée un récital que j’ai animé à Skikda. Par bonheur, le téléviseur du Cheikh était allumé et il a écouté tout le récital. Curieux, il demanda à sa fille qui était ce chantre. Sa surprise fût grande quand il apprit que c’était un jeune de Skikda. Il demanda immédiatement de me voir pour me léguer un trésor inestimable : une ‘Sfina’’. Un recueil de Noubates, de Mahjouz et de Hawzi transcrit à la plume et qui comprend des morceaux introuvables ailleurs.»

         Fatah, dont les intonations vocales rappellent à quelques détailles près le timbre de Fergani, entend mériter les louages des vieux Maloufjis. Il reste un adepte d’un Malouf authentique loin de toute altération commerciale. Il a à son actif cinq K7 et autant de CD. Il nous promet d’autres envolées et pleins de  Mahjouz. « un nouveau CD sortira dans les prochains jours. Il comprend deux Mhajez et un Khlass dans la pure tradition » Le CD inclut la chanson phare du rossignole de Skikda «  Majat Fargatak Fi Bali » ( ton absence ne m’était guère venue à l’esprit). Un Mahzoune Zidane d’anthologie qu’il réussit toujours à interpréter d’une façon jusque là jamais égalée. Vous en doutez ? Achetez le CD et…écoutez !