L'homme qui dessinait des oiseaux Les grandes épreuves font les grands hommes et les artistes sont souvent enfantés dans la douleur qu'ils esquivent, parfois dissimulent, par des jets d'encre ou par une esquisse.
Abdelaziz Ramdane est un de ces hommes. C''est d'abord un militant de la cause nationale et ensuite un artiste. Un artiste peintre autodidacte qui a côtoyé tant de monde, vécu tant d'événements et enduré tant d'épreuves qu'il finira par se mouler dans un archétype singulier qui fera de lui un label incontournable de la culture locale. A 12 ans, il perd son père a qui il était très attaché. Premier choc et premières émotions qui le pousseront inconsciemment à s'inventer une compensation : dessiner des oiseaux sur les murs, sur l'asphalte, sur tous les supports qu'un enfant peut atteindre. « Cette perte l'a très affecté », raconte sa femme et sa compagne de toujours. Cette douleur ne le quittera jamais d'ailleurs, et allant crescendo, elle grandira et fera grandir en lui la passion de peindre. Et d'ajouter cela : « Après notre mariage, nous nous sommes installés à Toulon. Il continuait à peindre tout en militant dans la Fédération de France. En 1957, il fut arrêté et interné d'abord à Marseille avant d'être transféré à Serkadji. En 1961, il a été déporté vers le camp de concentration de Beni Messous. Il y restera jusqu'à l'indépendance. » Il fêtera l'indépendance à sa façon, en s'enrôlant dans les premiers contingents de la police nationale et il parviendra à marier l'arme et le pinceau. Elle dira à ce propos : « Les responsables de la police nationale de l'époque avaient décelé chez lui son penchant artistique et l'avaient énormément aidé. D'ailleurs, toutes les œuvres qui peuplent la direction à Alger sont l??œuvre de Abdelaziz. » En 1971, il part à Rome et à Florence dans le cadre d'un voyage d'études. Un déplacement qui lui permettra de marcher sur les traces des grands et le chargea d'une grande appétence. Revenu à Skikda, il vide sa charge émotionnelle dans des œuvres gigantesques : La Condition humaine, qu'il tira du livre de Malraux, La Contusion du Tiers-Monde et La Machine infernale, une œuvre dédiée aux événements du 20 Août 1955 et qui serait, semble-t-il, inspirée de Guernica de Picasso. Ramdane continue ses quêtes pour assouvir une passion de plus en plus démesurée, et c?est ainsi que, reconnaissante, la DGSN lui accorde un détachement pour lui permettre de se consacrer à son art. Il fondera, avec une pléiade d'artistes, l'Union nationale des arts plastiques (UNAP) et sera à l'origine, le 11 novembre 1979, de la création de l'Ecole communale des beaux-arts de Skikda qui contribuera à déceler et à former tant d'artistes. Ramdane touchait à tout, poussait ses recherches plus loin et formait. En 1984, il crée une véritable révolution dans la filographie en bouleversant carrément les données. Il est parvenu à dépasser la platitude qui caractérisait cet art décoratif très prisé en Europe en lui rajoutant une touche dimensionnelle qui imprégnera ce genre d'un aspect plutôt artistique. Connu et reconnu, Ramdane sillonnera les grandes galeries du monde. Il compte à son actif 14 expositions à l'étranger : Chine, Japon, Angleterre, Italie, Egypte? Les années 1980 auront été pour Ramdane les plus fastes et les plus néfastes aussi, car, en 1988, il perd son travail à l'Ecole des beaux-arts et commence à vivre un déclin psychologique qui finira par avoir raison de sa frêle santé. En 2001, son état de santé s'aggrave et l'oblige à demeurer alité jusqu'à sa mort. Il laisse une famille pour se rappeler de Abdelaziz et plein de toiles qui immortaliseront à jamais Ramdane. Repose en paix l'artiste.

L'artiste peintre Ramdane

 

L'homme qui dessinait des oiseaux