21 JANVIER 2004

 
   

Le bilan de la catastrophe du GL1K s’est alourdi
 

 
 


Le bilan de la catastrophe qui a endeuillé Skikda s’est alourdi hier en fin d’après-midi, portant ainsi le nombre de morts à 27 travailleurs qui se trouvaient au moment du sinistre au niveau de l’unité 40 du complexe. L’ampleur de la déflagration et du souffle provoqué — déflagration ressentie à plus de 4 km du complexe — a presque défiguré les victimes, dont 4 ont été décapitées. Seules 13 ont été identifiées. Les services hospitaliers ont également enregistré 74 blessés demeurant encore en observation au centre hospitalier de Skikda, alors que 4 autres ont été transférés durant la nuit de lundi vers le CHU d’ Annaba. Selon les déclarations des services sanitaires faites en fonction des témoignages des rescapés et des familles, 7 travailleurs étaient encore portés disparus.

A cet effet, et afin de parer aux éventualités, treize wilayas du pays ont tenu à dépêcher la nuit même de l’explosion plusieurs délégations de secouristes et d’équipements (47 ambulances médicalisées, 37 camions d’étaiement et plus de 590 agents d’intervention) pour prêter main-forte aux sapeurs-pompiers locaux. Cette même solidarité a également été extraordinairement témoignée par toute la population de Skikda qui, quelques minutes après l’explosion de l’unité du GL1K, s’est empressée à manifester sa solidarité avec les blessés. Des centaines de citoyens se sont présentés aux urgences du centre hospitalier pour faire don de leur sang. Au sujet des conditions exactes de ce grave accident, aucune source officielle ne s’est aventurée à apporter une appréciation. On se contente juste de confirmer que l’explosion a eu lieu au niveau de l’unité 40 du complexe de liquéfaction. Une unité construite par des Britanniques et dont le procédé, qui différait des cinq autres unités du complexe, a de tout temps posé de multiples problèmes dans son exploitation.

D’ailleurs, plusieurs travailleurs qui ont eu à accueillir hier le président de la République sur le site ont tenu à exprimer leur colère contre l’insouciance des responsables qui auraient, d’après leurs dires, délibérément remis l’unité en production, alors qu’ils avaient été informés et à maintes reprises de la situation inquiétante.Les déclarations des travailleurs en larmes ont nettement convergé dans le même sens des déclarations faites cinq jours seulement avant cette catastrophe par M. Meziane, P-DG de Sonatrach, qui, lors d’un briefing avec les responsables des unités de la plate-forme pétrochimique de Skikda, avait mentionné, et à plusieurs reprises, l’état de l’unité 40. Il aurait même avancé que le groupe Sonatrach programmait déjà sa rénovation dans le cadre d’un partenariat et que si cette opportunité ne venait pas à aboutir, le groupe devrait alors opter pour une rénovation aux seuls frais de l’entreprise. Une question alors : pourquoi a-t-on laissé cette unité en production, alors qu’on était au courant de sa situation ?

Une autre question : faut-il considérer les déclarations des travailleurs faites au président de la République comme n’étant qu’un exutoire à tant de deuil et de colère conjoncturels ou plutôt devraient-elles faire l’objet d’une enquête plus approfondie, même si la plupart des travailleurs blessés ou autres que nous avons approchés revenaient tous sur ce point ? Pour eux, il y a négligence grave. D’autres évoquent même d’importantes fuites de gaz dans les canalisations avoisinantes de l’unité et qui auraient, selon leurs dires, amplifié les dégâts occasionnés en entraînant une réaction en chaîne qui s’est répercutée sur deux autres unités. En réponse aux travailleurs, Bouteflika a tenu à les rassurer qu’une enquête sera ouverte pour connaître les véritables raisons de cette catastrophe. Le président, qui s’est rendu au chevet des malades qu’il a tenu d’ailleurs à rassurer individuellement, a également été interpellé devant la morgue par des travailleurs de la zone pétrochimique. Ces derniers, au bord des larmes, ont tenu eux aussi à lui exprimer les grandes carences dont souffre Skikda en matière d’infrastructures sanitaires. En guise de réponse, le président a promis que, comme mesure urgente, un service pour les grands brûlés sera implanté au niveau du nouvel hôpital. Une déclaration qui a été confirmée quelques minutes après par M. Redjimi, ministre de la Santé.

K. Ouahab