|
L'EXPLOSION DU GL1K AU
COMPLEXE DE Le complexe pétrochimique CP1K, qui a démarré ses activités en 1977 et qui est actuellement à l‘arrêt, détient le palmarès de ce genre de sinistres. Plusieurs unités implantées dans le périmètre de cette plate-forme — malgré la mise en place d'un dispositif de sécurité — ont été sujettes à de grands problèmes de sécurité. Les incidents relevés en général au niveau des plus anciennes unités et des complexes sont souvent dus, selon les travailleurs des différentes unités, à l'absence d'une politique de rénovation. La maintenance curative et préventive aurait été, selon leurs dires, négligée. Et c'est ce qui aurait engendré plusieurs incidents. A cet effet, le complexe pétrochimique (CP1K) qui a démarré ses activités en 1977 et qui est actuellement à l'arrêt détient le palmarès de ce genre de sinistre. Les travailleurs énumèrent à cet effet pas moins de cinq incidents plus ou moins graves. Le plus important s'était déjà produit au début des années quatre-vingts après la fuite massive du chlore à l'état gazeux. Les habitants de Skikda se souviennent encore des affres causés par ce produit et qui avait alors fait des dizaines de blessés, tous asphyxiés. D'ailleurs, on raconte que le jour de l'incident survenu durant l'été, des dizaines d'estivants s'évanouissaient sur la plage jouxtant le complexe pétrochimique. Récemment encore, et rien que durant l'année 2003, deux accidents ont eu lieu dans ce même complexe : l'explosion de l'éthylène au mois de février à la suite de défaillances relevées au niveau des échangeurs et une autre explosion localisée au niveau du turbogénérateur en août. Auparavant, le silo du polyéthylène avait également connu le même sinistre, sans parler des défaillances qu'enregistrent les canalisations souterraines par manque de protection cathodique. Au niveau de la raffinerie, on évoque plusieurs déversements accidentels qui se sont produits durant ces dernières années. Les travailleurs parlent surtout de l'unité 1100, conçue pour accueillir les effluents, mais qui des fois les rejette dans la mer, et de l'unité bitume qui s'est enflammée. Les travailleurs se remémorent également la rupture d'essence au niveau de l'unité reforming et le déversement du bitume en décembre 1997 à la suite d'une importante fissure dans un des bacs de stockage. Un autre important déversement accidentel de xylène s'était également produit et avait causé, à l'époque, une véritable catastrophe écologique. Au niveau du port pétrolier, l'incident du GL1K qui s'était produit le 19 janvier dernier a également fait rappeler à toute la population l'explosion survenue durant la nuit du Ramadan de l'été 1986. Le navire pétrolier Southern Cross, qui chargeait du gasoil, avait carrément explosé causant une grande panique chez la population.
Quelle prévention pour les
travailleurs ?
Lors de nos différentes rencontres avec les responsables et les travailleurs de quelques unités de la plate-forme pétrochimique, le volet sécuritaire a été, et de loin, le plus débattu, surtout de la part des travailleurs qui affirment : «On vous le dit, Sonatrach ne s'intéresse qu'à ses installations, et encore…» Au niveau de la zone industrielle, qui s'étale sur une superficie totale de 1270 ha, et qui regroupe des unités et des complexes qui touchent un champ d'activité très large et très sensible, il n'y aurait aucun abri pour les travailleurs en cas de sinistre majeur. Les travailleurs évoquent également la fermeture depuis des années de l'issue qui donnait sur l'embouchure de l'Oued Saf-Saf et qui pouvait servir d'issue de secours. «Si cette porte — le poste 01— avait été opérationnelle le jour de la catastrophe, elle aurait permis d'économiser un temps considérable dans l'acheminement des blessés vers l'hôpital», témoigne un des travailleurs. Certains vont encore plus loin en mettant à nu d'autres carences. «Les unités organisent régulièrement des simulations d'intervention, mais ces opérations ne concernant que la sécurité des installations, le personnel n'a jamais pris part à ce genre de simulation. On ne sait même pas comment évacuer nos postes en cas d'accident. Il n'existe aucun plan d'évacuation du personnel. Les différentes unités n'affichent même pas un semblant de plan de secours et d'évacuation dans leur enceinte. A croire que seul le matériel compte pour nos responsables», conclura un travailleur.
"Un sinistre hors norme"
Lors d'un entretien, Nabil Mekdad, PDG de l'EG. ZIK (entreprise créée en 1973 à la suite de la restructuration de Sonatrach et élevée au rang d'entreprise en 1984), a tenu à revenir sur les conditions d'intervention durant la nuit de l'explosion du GL1K et sur l'aspect sécuritaire de la zone pétrochimique.Au sujet de l'événement de lundi 19 janvier, M. Mekdad l'a qualifié, et à plusieurs reprises, de «sinistre hors norme». Et d'expliquer : «En application du décret 85-231 fixant les conditions d'organisation des interventions et secours en cas de catastrophe, un protocole nous lie à toutes les unités et complexes inclus dans le périmètre de notre zone.» Selon ce protocole, la première intervention en cas d'incident revient d'abord à l'unité elle-même qui sera relayée au moment même par les forces d'intervention de réserve (FIR) qui dépendent de l'EG. ZIK dans le cadre du plan d'assistance mutuelle (PAM). Un plan qui a été élaboré et visé comme le stipule la loi par le wali et la direction de la Protection civile. «Le PAM a été déclenché à temps, Or, tous les moyens humains et logistiques du GNL ont été soufflés par l'explosion. Le staff technique du complexe qui était également sur les lieux a été blessé, en plus le réseau eau incendie était totalement inopérant. En se déplaçant sur les lieux moins de trois minutes après l'explosion, ce qui constitue en fait un record vu l'emplacement des installations, nos forces d'intervention devaient agir en conséquence. C'est ce qu'elles ont fait d'ailleurs en divisant les équipes d'intervention en deux, l'une devait secourir les blessés et attaquer les flammes au pôle 1 (unités 40, 30, 20 et 10) et l'autre s'était occupée à sécuriser les installations limitrophes du pôle 2 (unités 5 et 6 et l'unité GPL). Il ne faut pas oublier de relever à cet effet que cette démarche a évité la propagation du sinistre aux installations limitrophes, telles que le bac de Naphta qui se trouve à moins de 10 m de l'unité 10 et les autres bacs de stockage.»Au sujet du dispositif de sécurité des installations, M. Mekdad a tenu à préciser que la ZIK, et dans le cadre de ses prérogatives, a pour mission de soutenir les différentes unités en cas d'incendie, de gérer le PAM et de coordonner les plans de sûreté internes des unités et aussi des plans d'intervention et de prévention de risque et de pollution. Il ajoutera que les forces d'intervention de réserve qui disposent d'une école du feu «assurent la formation de l'ensemble des agents de sécurité et d'intervention des différentes unités et organisent et de façon régulière 5 simulations par mois et par unité».
K. O.
26.01.2004 |