28 01.2004

Le deuil dans l'humilité

 
 

29 JANVIER 2004

Commission d'enquête à pied d'oeuvre  

La commission d'enquête garantie par le président de la République après la catastrophe du GL1K est arrivée à Skikda avant-hier et a déjà entamé les premières démarches d'investigation et d'audition après une réunion d'évaluation tenue au siège de l'Entreprise de gestion de la zone industrielle de Skikda. Présidée par le directeur général des hydrocarbures du ministère de l'Energie et des Mines, elle devra, d'après des sources autorisées, boucler son enquête dans les trois mois qui viennent pour transmettre ses conclusions par la suite au président de la République. La commission, composée de douze membres, comprend des représentants de la DGSN, de la Protection civile ainsi que du ministère de l'Energie et des Mines

31 01 2004

Chakib Khelil à Skikda le jour de l’Aïd  

De source sûre, on apprend qu’une délégation du ministère de l’Energie et des Mines se rendra, le jour de l’Aïd, à Skikda où elle aura à rencontrer les familles des victimes de la catastrophe du GL 1K ainsi que l’ensemble des travailleurs sinistrés du complexe GNL. Un moment de recueillement à la mémoire des victimes serait également prévu dans le programme protocolaire. Les mêmes sources avancent que cette délégation serait vraisemblablement conduite par Chakib Khelil, ministre de l’Energie et des Mines. Elle devrait, avant d’arriver à Skikda, se rendre d’abord à la clinique internationale de Chelghoum Laïd pour s’enquérir de l’état des blessés.

 

Un grand témoignage de soutien et de réconfort pour les familles des disparus. La colère chez ces familles est encore intacte, mais sans surenchère ni polémique. Une initiative amorcée par quelques parents vient d'être officialisée pour la création d'une association des victimes du GNL. M. Lazgua, parent de l'une des victimes et l'un des initiateurs, a tenu au préalable à situer les objectifs d'une telle démarche dans son contexte. «Nous n'allons pas demander de l'argent, que les choses soient claires. Notre but est de suivre le travail des commissions d'enquête et de veiller à ce que les résultats soient rendus publics en toute transparence. Nous ferons tout pour que la vérité, et rien que la vérité, soit apportée et rendue publique. Aussi nous veillerons à ce que les responsabilités soient définies.» Plusieurs familles approchées ont toutes exprimé leur totale adhésion à cette démarche et ont démontré un grand esprit de solidarité et d'humilité. M. Chaoua, qui a été le dernier à avoir récupéré le cadavre de son fils, Ziad, après plus de trois jours de recherche et malgré une profonde envie de pleurer des océans de larmes, reste impassible. Il parle, dans un arabe aux consonances très orientales, de son malheur : «Je n'aime pas qu'on parle en nos noms sans nous donner l'occasion de le faire nous-mêmes. On a dit trop de choses sans se soucier du mal que ça pouvait nous causer. On a raconté qu'on allait faire appel à la justice ou qu'on cherchait des dédommagements. Nous ne jugerons personne, car nous laissons le soin de le faire à Dieu. L'argent ne pourra jamais nous faire restituer nos morts. Je suis conscient que je ne reverrais jamais plus mon fils. Pour moi, seule la vérité compte.» Même langage chez aâmi Guennoune, 70 ans : «J'ai perdu mon fils bêtement…» Analphabète, aâmi Guennoune parle sans réserve et évoque en larmes son fils Abdelaziz Dido, comme le surnommaient ses amis du quartier napolitain. «C'est lui qui a remarqué le premier la fuite au niveau de la chaudière et au lieu de fuir, racontent ses amis, il a eu le réflexe de donner l'alerte. Mais la fuite était d'une telle ampleur qu'elle n'a pas donné le temps aux autres d'intervenir. Il s'est passé juste une dizaine de secondes entre le "flash" et l'explosion. Moi je connais le GNL, raconte aâmi Guennoune. J'y ai travaillé quand il n'y avait encore qu'une vaste forêt et je savais que cette unité (la 40) finirait un jour ou l'autre par exploser. Mon fils parlait souvent à la maison de cette bombe. J'ai donné ma jeunesse à ce complexe et voilà qu'à ma vieillesse je donne encore ma propre chair.» Aâmi Rabah pleure, son fils cadet prend le relais : «Chakib Khelil est venu chez nous pour nous consoler. Il m'a dit : "Ne t'en fais pas on est là et on se chargera de tout." Je lui ai alors demandé : "Faites revenir Abdelaziz alors !" Il n'a rien pu dire et il est reparti.» Un grand sentiment de révulsion et de rancoeur s'est installé chez la plupart des familles des victimes.

K. O.