24 2 2204
-SITE HISTORIQUE EN PERIL
Le château De Maurel en ruine
 
 

Le château De Maurel qui surplombe les plaines de Ramdane Djamel n'a peut-être pas une valeur historique qui lui aurait assuré une quelconque restauration, encore moins une tutelle directe qui l'aurait préservé. Non, le château De Maurel est juste un joyau architectural qu'on a délaissé d'année en année et qu'on a fini par jeter en pâture à des mains destructrices. Aujourd'hui, il n'est qu'un amas de pierres. Qui est responsable de sa décrépitude ? Inutile de s'attendre à une réponse claire et honnête. Les structures qui ont eu à gérer ce patrimoine sont multiples et se refusent, chacune à sa façon, de reconnaître une quelconque implication. Une seule évidence reste cependant palpable : aucune volonté de nuire ne peut égaler la difformité qu'on a fait subir au château. Il aurait pu servir comme centre de formation, centre d'accueil ou sanatorium. On aurait pu faire beaucoup de choses de cette bâtisse pour combler le manque en infrastructures de toute la région allant de Ramdane Djamel à El Harrouche.

Panorama Féerique

Mais non, on n'a fait que fermer l'oeil pour laisser les enfants s'amuser à arracher tout ce qui pouvait l'être. En une décennie, il a été comme… désossé. Le château dont on aperçoit l'imposante et blanche ossature à une distance de plus de 2000 m s'élève sur une colline où se mêlent fougères, peupliers et quelques agrumes. Une sinueuse route délabrée y mène. A plus de 1000 m d'altitude une allée de palmiers conduit directement au château offrant un panorama des plus féeriques. De son emplacement, on domine toute la ville de Ramdane Djamel et ses petites agglomérations. L'air y est très pur et l'odeur de la forêt persistante. Une seule fausse note : l'état très déplorable des ruines du château. Tout s'est dégradé. Même les murs. Le carrelage, la mosaïque, la boiserie… le château n'existe presque plus ! Seule sa façade reste élevée comme pour témoigner d'un passé où se mêlent mythologie et histoire. Bâti dans la pure tradition arabo-mauresque dans les années 1850, le château demeure imprégné à ce jour de l'histoire du tristement célèbre Gaïd Saoudi, beaucoup plus connu sous le sobriquet : Khettaf Laâraiass (kidnappeur des mariées).

Aire de toutes les convoitises

On raconte que ce Gaïd que les Français désigneront pour contrecarrer la rébellion des Djeballa (une fraction de la tribu des Beni M'henna) utilisait le château pour y ramener les mariées qu'il kidnappait la nuit de noces et abuser d'elles avec la bénédiction des Français. Après l'indépendance, le château servira de lieu de repos aux enfants de chouhada et au moudjahiddine et se verra après balancer d'une institution à une autre. La commune, le ministère de l'Agriculture et celui de la Santé se passeront les destinées du château sans jamais réussir à en faire un usage régulier et durable. Il avait entre temps attiré l'attention de plusieurs personnes dont l'ancienne ministre des Affaires sociales, Mme Z'hor Ounissi qui, en s'y rendant en 1984, avait été subjuguée par l'architecture et la tranquillité des lieux. Elle proposa aux autorités locales de l'époque de le reconvertir en centre d'accueil pour personnes âgées. Mais comprenant certainement l'entêtement douteux des responsables locaux, elle ira alors jusqu'à oser déclarer aux présents : «Je l'utiliserai même pour y accueillir des filles-mères.» L'idée de la ministre ne sera jamais concrétisée, et on l'étouffa avec un rapport du CTC qui aurait été concocté pour capoter la proposition. D'anciens responsables de l'époque avancent même que le château aurait été convoité par plusieurs hauts responsables. On cite même le nom d'un actuel wali à l'ouest du pays. Devant les convoitises des uns et des autres, le château servit alors de lieu d'accueil aux enfants du ministère de la Santé dans le cadre des colonies de vacances. Après, il sera utilisé comme siège pour les défunts services de développement agricole (SDA) jusqu'à l'avènement de la restructuration agricole vers la fin des années quatre-vingts. Durant les années quatre-vingt-dix, les conditions sécuritaires feront des lieux un no man's land. Le château vit alors son premier sinistre : des mains assassines sont venues y mettre le feu. Après ? Rien. On n'a fait que laisser les enfants jouer aux démolisseurs et on s'est amusé à bâtir de nouvelles infrastructures.

K. Ouah