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EN PERIL
Le château De Maurel en
ruine
Le château De Maurel qui
surplombe les plaines de Ramdane Djamel n'a
peut-être pas une valeur historique qui lui aurait
assuré une quelconque restauration, encore moins une
tutelle directe qui l'aurait préservé. Non, le
château De Maurel est juste un joyau architectural
qu'on a délaissé d'année en année et qu'on a fini
par jeter en pâture à des mains destructrices. Aujourd'hui, il n'est qu'un amas de pierres. Qui
est responsable de sa décrépitude ? Inutile de
s'attendre à une réponse claire et honnête. Les
structures qui ont eu à gérer ce patrimoine sont
multiples et se refusent, chacune à sa façon, de
reconnaître une quelconque implication. Une seule
évidence reste cependant palpable : aucune volonté
de nuire ne peut égaler la difformité qu'on a fait
subir au château. Il aurait pu servir comme centre
de formation, centre d'accueil ou sanatorium. On
aurait pu faire beaucoup de choses de cette bâtisse
pour combler le manque en infrastructures de toute
la région allant de Ramdane Djamel à El Harrouche.
Panorama Féerique
Mais non, on n'a fait que fermer l'oeil pour
laisser les enfants s'amuser à arracher tout ce qui
pouvait l'être. En une décennie, il a été comme…
désossé. Le château dont on aperçoit l'imposante et
blanche ossature à une distance de plus de 2000 m
s'élève sur une colline où se mêlent fougères,
peupliers et quelques agrumes. Une sinueuse route
délabrée y mène. A plus de 1000 m d'altitude une
allée de palmiers conduit directement au château
offrant un panorama des plus féeriques. De son
emplacement, on domine toute la ville de Ramdane
Djamel et ses petites agglomérations. L'air y est
très pur et l'odeur de la forêt persistante. Une
seule fausse note : l'état très déplorable des
ruines du château. Tout s'est dégradé. Même les
murs. Le carrelage, la mosaïque, la boiserie… le
château n'existe presque plus ! Seule sa façade
reste élevée comme pour témoigner d'un passé où se
mêlent mythologie et histoire. Bâti dans la pure
tradition arabo-mauresque dans les années 1850, le
château demeure imprégné à ce jour de l'histoire du
tristement célèbre Gaïd Saoudi, beaucoup plus connu
sous le sobriquet : Khettaf Laâraiass (kidnappeur
des mariées).
Aire de toutes les convoitises
On raconte que ce Gaïd que les Français
désigneront pour contrecarrer la rébellion des
Djeballa (une fraction de la tribu des Beni M'henna)
utilisait le château pour y ramener les mariées
qu'il kidnappait la nuit de noces et abuser d'elles
avec la bénédiction des Français. Après
l'indépendance, le château servira de lieu de repos
aux enfants de chouhada et au moudjahiddine et se
verra après balancer d'une institution à une autre.
La commune, le ministère de l'Agriculture et celui
de la Santé se passeront les destinées du château
sans jamais réussir à en faire un usage régulier et
durable. Il avait entre temps attiré l'attention de
plusieurs personnes dont l'ancienne ministre des
Affaires sociales, Mme Z'hor Ounissi qui, en s'y
rendant en 1984, avait été subjuguée par
l'architecture et la tranquillité des lieux. Elle
proposa aux autorités locales de l'époque de le
reconvertir en centre d'accueil pour personnes
âgées. Mais comprenant certainement l'entêtement
douteux des responsables locaux, elle ira alors
jusqu'à oser déclarer aux présents : «Je
l'utiliserai même pour y accueillir des
filles-mères.» L'idée de la ministre ne sera jamais
concrétisée, et on l'étouffa avec un rapport du CTC
qui aurait été concocté pour capoter la proposition.
D'anciens responsables de l'époque avancent même que
le château aurait été convoité par plusieurs hauts
responsables. On cite même le nom d'un actuel wali à
l'ouest du pays. Devant les convoitises des uns et
des autres, le château servit alors de lieu
d'accueil aux enfants du ministère de la Santé dans
le cadre des colonies de vacances. Après, il sera
utilisé comme siège pour les défunts services de
développement agricole (SDA) jusqu'à l'avènement de
la restructuration agricole vers la fin des années
quatre-vingts. Durant les années quatre-vingt-dix,
les conditions sécuritaires feront des lieux un no
man's land. Le château vit alors son premier
sinistre : des mains assassines sont venues y mettre
le feu. Après ? Rien. On n'a fait que laisser les
enfants jouer aux démolisseurs et on s'est amusé à
bâtir de nouvelles infrastructures.
K. Ouah
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