L’ombre de Malek Bennabi, de Marie et de
Boulakhrass
Au vestibule déjà le ton est donné.
Mosaïques, faïences, sculptures… On y trouve des touches architecturales des
Almoravides dans la façade extérieure, une ressemblance à
Le château initialement baptisé château Cuttoli en référence à son premier propriétaire, porte deux autres appellations. La première, ‘Meriem Azza’ officiellement reconnue, et la seconde ‘ château Bengana’ encore entretenue par la mémoire collective. Pourquoi deux appellations et qui seraient ces deux personnages. Pour Mériem il suffit juste d’arpenter le parvis du château pour lire « Dar Meriem », une calligraphie en caractère arabe incrustée dans de la mosaïque et qui semble annoncer la maîtresse des lieux. Un fait qui a encouragé les officiels à baptiser le palais au nom de ‘Meriem Azza’.Mais si Meriem a bel et bien existé, Azza n’est cependant qu’une pure invention entretenue juste pour sa consonance mélodieuse.

Des
richesses archéologiques, artistiques ou historiques, Skikda en dispose. A
profusion même. Il suffit juste d’arpenter une ruelle, un sentier ou de
longer la corniche pour trouver matière à plaisir. De cet ensemble où se
mêlent légende, mysticisme et fait authentique, le château Bengana reste
parmi les quelques monuments encore emplis de controverses et de contre
vérités aussi. Ce qui s’est dit ou écrit à nos jours à propos de ce joyau
reste très insuffisant. Pour ne pas dire erroné dans certaines explications.
Mais ceci n’altère en rien à sa splendeur.
Le château a été classé patrimoine national à préserver en 1981 pour éventuellement servir de musée. Il sert aujourd’hui de villas d’hôtes. Chadli Bendjedid, entre autres y a séjourné. Malek Bennabi, l’illustre penseur nationaliste a également séjourné à plusieurs reprises au château durant l’occupation à l’invitation de Bengana. Une grande amitié liait les deux hommes. Ammi Hocine, un vieux skikdi témoigne qu’il avait l’habitude de regarder Bennabi dans le jardin du château, attablé à un perron. « il adorait l’atmosphère de quiétude des lieux et préférait s’isoler pour écrire. Je me souviens qu’il rédigeait, attablé à un perron, une œuvre sur la psychologie des foules. Il aimait surtout l’exotisme du jardin du palais et le panorama qu’offrait le lieu » Le château a été battis en 1913 sur un site boisé qui surplombe le versant marin de la corniche locale. Réalisé en tant que propriété privée au profit de Paul Cuttoli ancien sénateur du constantinois et maire de Philippeville, le palais a été réalisé dans un style architectural andalou mauresque où s’entremêlent différents aspects qui s’épousent à merveille pour donner aux lieux une posture d’une rare beauté.
L’ossature harmonieuse du palais vue de l’extérieur, suffit amplement à donner un avant goût de ce qu’est son intérieur.
Explications :
Plusieurs vieux Skikdis, parmi lesquels Aâmmi Nakoub et El Hadj Bouaziz
témoignent que le nom de Meriem n’est finalement que le propre nom de la
femme de Cuttoli, premier propriétaire du château. M Bouaziz qui garde
encore toute sa mémoire malgré un âge très avancé témoigne « Elle
s’appelait Myriam et avait un goût très poussé pour les choses de l’art.
C’était un mécène qui tenait une galerie d’art aux 6ème
arrondissement à Paris. Son mari, Cuttoli maire de Skikda avait bâtit
ce château en son honneur »
Quant à l’appellation ‘Azza’ ce n’est qu’une grossière erreur de…lecture. Il suffit juste de revenir au paragraphe transcrit en lettres arabes sur le mur du bureau de Cuttoli où on peut lire ‘ Paul Cuttoli(…) houa elladi bana hada el kasr izaten limeriem’ ( Paul Cuttoli est le constructeur de ce palais en l’honneur de Myriam). Donc on retient que la transcription signifie Izza dans le sens vénération et non ‘Azza’. La seconde appellation « Château Bengana » est quant à elle en relation avec le second propriétaire du palais. Il s’agit de Bengana Boulakhrass, dit Khassa arrière petit fils de Bengana Cheikh El Arab. Issu d’une famille nantie de Biskra, il avait l’habitude de venir estiver à Skikda. En ayant vent que Cuttoli cherchait à vendre son château, il lui propose de le lui racheter. La transaction fût conclue pour la somme de 20 millions d’anciens francs. Il ne séjourna cependant au château que durant les saisons estivales. Il y avait aussi célébré les fêtes
de circoncision de ses fils. Les vieux de Skikda le décrivent comme « un bel homme très raffiné. Dès l’avènement de la guerre de libération, il fut l’objet de grandes pressions par les colons qui voyaient d’un mauvais œil ‘cet arabe nanti’. Craignant pour sa vie et celle de ses enfants, il dut quitter le château pour ne jamais revenir »
A l’indépendance, le château était
totalement abandonné. Il a même servit d’étable à des maquignons avant que