|
Les éboulements de terrain à Skikda |
|||
|
Fatalité ou irresponsabilité ? |
|||
|
Les éboulements de terrains se suivent et se rassemblent à Skikda. En moins de deux mois, sept glissements de terrain ont eu lieu dans la ville. Leurs conséquences sont assez graves, puisqu’on enregistre à ce jour plusieurs altérations d’immeubles, l’évacuation en toute urgence de pas moins de 24 familles et le danger persiste toujours. Impuissants, on se limite aujourd’hui à espérer qu’il arrête de pleuvoir et que les sols altérés s’assèchent pour pouvoir intervenir et éviter le pire, bien que le pire est déjà là puisque la ville n’a jamais enregistré un bilan aussi inquiétant. Comment Skikda est-elle arrivée à ce cauchemar ? Est-ce l’effet des dernières averses ou, plutôt est-ce là les simples ricochets d’une gestion chaotique de l’espace, du foncier et de l’urbanisation ? Selon un technicien du CTC, la topographie de Skikda est assez particulière et devait en principe emmener les responsables à prendre en considérations les phénomènes de pente et de pédologie qui caractérisent son sol. Le tissu urbanistique de Skikda est singulier en ce sens qu’il se configure de pentes allant de 05 à plus de 40 % et géologiquement, le sol est majoritairement constitué de schiste, une roche susceptible de se débiter en feuilles. A ce sujet, le technicien du CTC mentionne que « cette roche devient assez vulnérable au contacte de l’eau qui une fois infiltrée entre ses couches (feuilles) favorise ce qu’on appelle ‘ l’effet de savon’. » Un jargon qui signifie tout simplement le glissement, sous l’effet de l’eau, d’une couche sur une autre. La surface qui glisse entraîne avec elle tout ce qu’elle porte ; remblais, terre végétale, bâtis...etc. Dans le cas des glissements de terrains enregistrés dernièrement, on constate de visu aussi bien à la Résidence qu’à l’Ilot des Chevriers, des chutes de blocs de schiste accompagnées de terre végétale ou de remblais. Dans ses explications, le directeur du CTC de Skikda fait ressortir l’immense altération des soles qui, selon lui, serait due essentiellement à l’eau. « Nous sommes intervenus sur chaque site touché, et nous avons constaté que les glissements ont été dans leur majorité causé par les eaux pluviales » en mentionnant également le rôle érosif des fuites relevées sur plusieurs réseaux d’assainissements et d’eau potable. D’ailleurs la principale recommandation du CTC était de dévier les réseau et d’assécher les sites. Cependant, et même si la force des eaux pluviales a été assez importante pour déplacer les couches supérieures de plusieurs talus, il n’en demeure pas moins, que cette situation a été aussi accompagnée , voir encouragée, par l’intervention de l’homme. Car étrangement, les derniers glissements de terrains n’ont pas été enregistrés dans des zones inoccupées, mais ils se localisent plutôt là où le sol a été dérangé dans l’anarchie la plus totale. Le Directeur du CTC se contentera à se sujet de dire « ça a bougé là où on a touché ! » Une phrase qui consolide une réalité bien présente. A la Résidence, par exemple, le talus qui s’est affaissé et couvert l’équivalent de deux étages, a été totalement dénudé de son couvert végétal au courant des années 1990. Faut-il encore rappeler l’étrange opération de ‘défrichement’ commandée par l’APC afin de soit disant nettoyer les lieux ? A Béni Malek, les deux glissements qui s’y sont produits ont été engendrés par une l’anarchie de l’urbanisation propre à l’époque ‘Zeroualienne’ quand chacun pouvait bénéficier d’un lot de terrain et d’y construire dessus. Et comme personne ne contrôle personne, les permis de construire se verront distribués tels des petits pains. Le CTC n’est jamais consulté ni avant ni après. On en fait appel à ses services que lorsque on se trouve dans l’obligation. C'est-à-dire quand ça s’écroule. A Stora, c’est encore l’homme qui est venu perturber son propre milieu en décidant de défricher les talus presque perpendicularités afin d’y planter une culture vivrière, généralement de la fraise et ce dans le silence le plus total des services concernées. Et quand on relève que « Parmi les facteurs conditionnels de l'érosion, le couvert végétal est certainement le facteur le plus important puisque l'érosion passe de 1 à plus de 1 000 tonnes. » * on comprend aisément ce qui vient de se passer. L’éboulement de Casino qui a faillit coûter la vie à des dizaines de citoyens a été plus ou moins engendré par les travaux de constructions venus en amonts. Et là, un technicien du CTC rapporte que « nous sommes peut être le seul pays qui construit avant de viabiliser ». C'est-à-dire que l’ensemble des voiries et des réseaux est souvent négligé, chose qui crée une anarchie dans le drainage des eaux pluviales et des eaux usées. Quant à l’imposant éboulement de l’Ilot des chevriers qui a emporté avec lui aussi bien les arbres que les rochers de schiste, ne serait-il pas due aux grands travaux qui durent depuis plus de quatre années afin de bâtir une gigantesque ‘coupole’ ? Ne serait-ce pas là l’effet de la déforestation engagée il y a seulement quelques années et qui a massacré en moins d’une semaine toute une foret de pin ? Un espace qui représentait un véritable repère de la ville et qui apportait un peu de verdure dans un paysage aride. En plus de ces exemples, il serait bon de savoir aussi que Skikda est peut être l’une des rares grandes villes qui ne dispose pas d’une carte de ses réseaux. Ce n’est pas une blague malheureusement, mais une réalité que les éboulements ont mise à jour. Ainsi, on apprend que suite aux éboulements de la Résidence, le CTC avait recommandé de dévier toutes les canalisations afin de permettre l’assèchement du sol. Seulement, et c’est étrange, on avait relevé que malgré l’obstruction des réseaux aux endroits concernés, l’eau fuyait toujours. D’où vient-elle ? Personne ne le sait. Personne ! Et c’est là le véritable drame de Skikda.
* Source : FAO
K.OUAHAB. |
|||