Ben Azouz

 
  Janvier 2002

Au rythme de la tomate industrielle

 
   
  

Dans le cadre des mutations engendrées par le PNDA, la commune de Ben Azzouz s’est vue déclassée des zones d’intensification céréalière et retenue comme zone à culture industrielle et maraîchère. Normal, Ben Azzouz reste le pays de la tomate industrielle par excellence.


Le quart de la production nationale provient des plaines de cette commune qui offre des prédispositions lui permettant de jouer pleinement ce rôle. Plus de 90% des 25 000 habitants de Ben Azzouz sont des cultivateurs. Des superficies agricoles utiles à perte de vue. Des potentialités hydriques énormes, l’existence de conserveries, et aussi un savoir-faire que les fellahs acquièrent d’année en année. A priori, tout devrait, à la lecture de ces données, conforter le choix de l’orientation agricole, seulement les fellahs, eux, se disent lésés et parlent déjà d’une probable réduction des superficies destinées à la tomate industrielle pour cette saison.

Tiraillés entre une conjoncture économique assez difficile et les besoins d’un marché agroalimentaire pas toujours sécurisé, la plupart des fellahs à Ben Azzouz vivent une situation financière délicate. Obligés de vendre leur production à la récolte aux conserveries, ils devront alors patienter plus d’une année afin de voir le fruit de leur labeur.

Et si quelques conserveries jouent le jeu, d’autres, par contre, à l’exemple de la CBA, usent de subterfuges et laissent les fellahs attendre plus de deux années sans leur payer leur dû. D’ailleurs, durant le mois du Ramadhan précédent, des dizaines de fellahs en colère avaient tout simplement fermé cette conserverie durant une vingtaine de jours, en signe de protestation. Ces fellahs endettés ne parlent pas de bénéfice, mais tout simplement de liquidités qui leur permettraient de réimplanter.

L’autre souci des cultivateurs de tomate reste l’irrigation. La culture de la tomate nécessite un approvisionnement conséquent en eau, et d’après ces fellahs, la présence du barrage de Zit El Annaba et d’Oued Lekbir ne semble pas satisfaire leurs besoins.

Le barrage étant réservé exclusivement au nouveau périmètre d’irrigation des plaines de Azzaba et à l’AEP de Hjar Essoud, et l’oued ne représentant qu’une source conjoncturelle, les fellahs de Ben Azzouz se voient alors forcés de recourir aux forages illicites, à défaut de débourser des sommes énormes en louant des tuyaux d’irrigation à partir de Oued Lekbir, à raison de 400 DA le mètre.

Au sujet de l’irrigation, les fellahs semblent, dans leur majorité, en vouloir aux responsables chargés du Fndra. Les dossiers de soutien présentés aux services agricoles afin de bénéficier d’un équipement sont, d’après leurs dires, restés sans suite. Ce que les services de la DSA refusent en avançant même les chiffres des opérations ayant déjà bénéficié de l’aide de l’Etat.

D’après les statistiques avancées par ces services, la commune de Ben Azzouz comptabilise, à la fin de cette année, 54 dossiers d’équipement de pompage dont seuls 5 ont été réceptionnés, la réalisation et la réception de 55 kits d’irrigation. L’amalgame que fait naître cette situation est expliqué, par les services agricoles de la wilaya de Skikda, par deux situations. D’une part, l’indisponibilité du matériel de pompage et l’inflation que connaissent les prix et qui ont amené les commerçants à doubler les prix pour profiter de l’aubaine du Fndra. Et d’autre part, par la réalité juridique du terrain et l’inflexibilité des textes même du fonds. L’administration exige d’abord une étude géophysique positive afin de procéder au soutien.

Les fellahs, eux, pensent toujours que le fonds ne profite pas à tout le monde. Et que si l’Etat ne les soutient plus dans la culture céréalière qui leur permettait de subvenir à leurs besoins en avoisinant même les 150 q de blé par hectare, il doit, par conséquent, leur garantir les outils nécessaires afin de jouer pleinement leur rôle dans les cultures industrielles.

Et dans les dires des uns et des autres, une réalité reste tout de même assez palpable. Le manque d’informations, de communication et de sensibilisation représente à lui seul tout un problème. Peut-être même le «problème». La tomate industrielle reste un investissement majeur pour la wilaya de Skikda, et doit, de ce point de vue, trouver l’enchaînement indispensable entre le fellah, les conserveries et l’administration.

Et tout comme le devenir de cette culture à Ben Azzouz, le secteur agroalimentaire national risque de manquer dès le départ des outils indispensables à sa pérennité. A l’ombre de l’OMC, les enjeux économiques seront sans équivoque. Avec une consommation nationale de l’ordre de 70 000 t/an et des capacités d’exportation pouvant atteindre les 50 000 t, la production du double concentré de tomate, qui fait économiser au pays plus de 80 millions de dollars par an, doit déjà se positionner dans un marché mondial très performant.

Il y va du devenir des dizaines e milliers de fellahs, de celui de plus de 9000 ouvriers employés par la vingtaine de conserveries et de l’économie nationale.