BOUCHTATA

 

Le financement de la BIRD dilapidé

 

De tous les projets entrant dans le cadre du programme de résorption de l'habitat précaire financé par la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) et qui ont été annulés à Skikda, celui de Bouchtata est sans conteste le plus préjudiciable. C'est un véritable désastre social. Le projet, lancé en septembre 2001, devait permettre le relogement de 252 familles habitant dans les bidonvilles épars qui surplombent la commune de Bouchtata. Dans la foulée, une grande partie des bénéficiaires et malgré des conditions sociales très difficiles arrive à rassembler le montant de son apport estimé à 17 millions de centimes et verse déjà une première tranche de 6,85 millions de centimes. Tout allait pour le mieux : une assiette de 5,9 ha est affectée à cet effet, l'étude finalisée et les travaux octroyés à pas moins de 17 entreprises locales appelées à la rescousse après le refus des grandes entreprises de construction de bâtir des logements à 42,5 millions de centimes l'unité. On a même convenu d'un délai de quatre mois pour achever une première tranche de 139 logements. C'était trop beau pour être vrai, car un mois après, une première alerte est donnée. Il s'est avéré que le terrain, qui a pourtant fait l'objet d'une étude réalisée par Urbatec, était glissant et exigerait l'aménagement de murs de soutènement. Une réévaluation du projet est proposée et nécessitait un apport de 4 milliards de centimes. Informés de cet «intrus», le ministère tout comme le représentant de la Banque mondiale à Alger refusent et mettent les responsables locaux devant leurs responsabilités. L'agence foncière de Ramdane Djamel, qui gère le projet, propose alors aux bénéficiaires de revoir le style des constructions en les réaménageant en R+1 afin de doubler le nombre des bénéficiaires. Ces derniers s'insurgent et interpellent le ministre de l'Habitat en mentionnant leur total refus. Comme ultime solution, on a opté alors pour l'achèvement du premier lot de 68 logements individuels et personnalisés. Petit à petit, les habitants de Bouchtata commencent à regarder pousser de nouvelles bâtisses sans que personne s'aperçoive du drame qui s'y jouait. Pourtant des citoyens avaient tenu à maintes reprises à dénoncer plusieurs défauts qu'accuse le chantier. Mais il fallut que la terre tremble à Boumerdès un certain 21 mai 2003 pour que tremble aussi toute une armada de responsables en charge du projet. Ameutés, ils n'ont fait que constater les dégâts, de graves malfaçons ont été relevées et concernent même les fondations des logements. Le rapport établi par le CTC est si accablant qu'on se demande aujourd'hui encore s'il y avait vraiment un suivi des travaux ou si tout le monde se moquait royalement de ces logements destinés à s'hab legraba (les habitants des gourbis). L'agence foncière met enfin en demeure les «entrepreneurs» en date du 16 septembre 2003 et porte l'affaire devant le tribunal de Skikda qui vient d'ailleurs d'ordonner une expertise. Quant au devenir des 184 autres logements, et après la catastrophe causée par l'étude, personne ne veut en parler. Entre temps, 252 pères de famille ont perdu toute chance de bénéficier d'un logement dans le cadre du social ou du participatif du moment qu'ils étaient restés portés comme bénéficiaires du projet résorption de l'habitat précaire (RHP). Idem pour la commune de Bouchtata qui a également été privée d'un programme de construction pour le même motif. Mais tout ce récapitulatif n'est rien devant ce qui est à venir. Car il reste à préciser que beaucoup de dilemmes persistent encore. Qui remboursera les citoyens qui ont payé leur part ? Accordera-t-on des bénéfices aux citoyens sur leur argent gelé depuis plus trois années d'autant plus que seules 54 familles seulement n'ont pas versé leur part ? Encore une question : qui des 252 familles retenues au départ auront le privilège de bénéficier des 68 logements au cas où ces derniers se verraient enfin achevés et quel sort réservera-t-on aux 184 qui en seront privées ? N'est-ce pas là un autre échec ?