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Les raisons de la colère
Le calme était revenu hier à El Harrouch après
une journée d'émeutes qui a défiguré toute la ville.
La pluie lessivait depuis la matinée déjà les rues
encore noires. La vie reprend son cours et les
habitants qui ont pris d'assaut les buralistes
commentent la presse et évoquent les événements.
Il y a ceux qui condamnent ces émeutes et ceux
qui les cautionnent. Une seule évidence semble
cependant tous les unir : ils en veulent aux élus. A
tous les élus ! Les dégâts occasionnés restent très
importants. Au parc communal, on dénombre dix-sept
véhicules endommagés dont un bus entièrement
calciné. Le magasin communal a été vidé et les
premières estimations des pertes au niveau du parc
seulement dépassent largement les trois milliards de
centimes. On ne dispose aujourd'hui d'aucun moyen de
travail au parc. Tout a été endommagé. On ne pourra
même pas assurer le ramassage des ordures
ménagères.» Même constat au niveau du siège de la
daïra où les sept bureaux du rez-de-chaussée ont été
totalement calcinés. Les archives des passeports ont
toutes été brûlées. Des ordinateurs, des fax, des
télex et l'ensemble du mobilier ont connu le même
sort. Même scénario au siège de la subdivision de
l'hydraulique. Rencontré sur les lieux, un agent
paraissait consterné. «Il ne reste aucun papier, les
données techniques de plusieurs communes ont été
détruites.» Les membres de l'exécutif demeurent
absents. Le P/APC refuse de nous parler. «Parlez
avec les citoyens. Moi, je n'ai rien à dire.»
Quelques personnes à El Harrouch imputent la
responsabilité de ce qui s'est passé samedi à
certains déchus du système. Une tentative trop
simpliste de faire porter le chapeau à d'autres
alors que les citoyens de la ville vivent réellement
une dure saison. Car samedi dernier, l'implication
de toutes les couches de la population était réelle.
El Harrouch vit une véritable pénurie en eau. Aux
cités des 460 et 500 Logements, aucune goutte d'eau
n'a coulé des robinets et cela depuis le mois de
Ramadhan dernier. «On nous approvisionne avec des
citernes qui viennent une fois tous les dix jours
dans le meilleur des cas.» Même au centre-ville, une
partie de l'avenue Boukadoum, l'artère principale de
la ville, vit le même calvaire. A cela s'ajoute le
problème de la décharge de Bir Stal située à un
kilomètre seulement de la ville. «La nuit, quand ils
brûlent les déchets, toute la ville est couverte de
fumée et les mauvaises odeurs envahissent
l'atmosphère.» Ajoutez à tout cela le chômage,
l'oisiveté, une pauvreté de plus en plus évidente et
vous aurez alors un magma prêt à couvrir tant de
villes et de villages. Le 25 juin 2002, l'Assemblée
communale délibère. Elle décide presque à
l'unanimité d'attribuer 228 lots de terrain à des
citoyens. Seulement, dans la liste définitive, une
trentaine de «personnalités», dont l'ensemble des
élus, seront incluses et auront à bénéficier de
divers lots épars situés dans les meilleurs endroits
de la ville. «Ils ont décidé de vendre la ville.» En
fins stratèges, les élus impliqueront quelques
autres personnes influentes afin de faire taire tout
le monde. Un élu aura même quatre lots ! Le 8
juillet, la daïra rejette la délibération. La
tension monte dans le clan des élus qui iront
jusqu'à annoncer publiquement qu'ils auront leurs
lots quand même, quitte à utiliser la force. La
liste des attributions circule dans les cafés et sur
les trottoirs. La rumeur fera le tour de la ville.
La tension monte encore. Une question hante tout
visiteur à El Harrouch. Pourquoi les citoyens se
sont-ils acharnés à ce point sur la daïra ? Pourquoi
? Pourtant, cette institution a bel et bien refusé
l'attribution des lots. Quelques citoyens voient
dans ces attaques une volonté de certains
bénéficiaires de lancer un avertissement à
l'institution. D'autres personnes par contre pensent
que la furie de samedi voulait simplement s'attaquer
à tout ce qui est public. A El Harrouch, le fossé
qui s'est creusé entre élus et citoyens est si
évident. Si présent. «On aimerait bien que l'Etat
décide par exemple de demander des comptes à ces
messieurs et de comparer ce qu'ils étaient avant et
ce qu'ils sont devenus aujourd'hui.» La population
reste catégorique : les élus ont bénéficié de
largesses et à tous les niveaux. «Vivement le 10
octobre !»
K. Ouahab
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