15 7 2002
Les raisons de la colère
 
 

 

Le calme était revenu hier à El Harrouch après une journée d'émeutes qui a défiguré toute la ville. La pluie lessivait depuis la matinée déjà les rues encore noires. La vie reprend son cours et les habitants qui ont pris d'assaut les buralistes commentent la presse et évoquent les événements.

Il y a ceux qui condamnent ces émeutes et ceux qui les cautionnent. Une seule évidence semble cependant tous les unir : ils en veulent aux élus. A tous les élus ! Les dégâts occasionnés restent très importants. Au parc communal, on dénombre dix-sept véhicules endommagés dont un bus entièrement calciné. Le magasin communal a été vidé et les premières estimations des pertes au niveau du parc seulement dépassent largement les trois milliards de centimes. On ne dispose aujourd'hui d'aucun moyen de travail au parc. Tout a été endommagé. On ne pourra même pas assurer le ramassage des ordures ménagères.» Même constat au niveau du siège de la daïra où les sept bureaux du rez-de-chaussée ont été totalement calcinés. Les archives des passeports ont toutes été brûlées. Des ordinateurs, des fax, des télex et l'ensemble du mobilier ont connu le même sort. Même scénario au siège de la subdivision de l'hydraulique. Rencontré sur les lieux, un agent paraissait consterné. «Il ne reste aucun papier, les données techniques de plusieurs communes ont été détruites.» Les membres de l'exécutif demeurent absents. Le P/APC refuse de nous parler. «Parlez avec les citoyens. Moi, je n'ai rien à dire.» Quelques personnes à El Harrouch imputent la responsabilité de ce qui s'est passé samedi à certains déchus du système. Une tentative trop simpliste de faire porter le chapeau à d'autres alors que les citoyens de la ville vivent réellement une dure saison. Car samedi dernier, l'implication de toutes les couches de la population était réelle. El Harrouch vit une véritable pénurie en eau. Aux cités des 460 et 500 Logements, aucune goutte d'eau n'a coulé des robinets et cela depuis le mois de Ramadhan dernier. «On nous approvisionne avec des citernes qui viennent une fois tous les dix jours dans le meilleur des cas.» Même au centre-ville, une partie de l'avenue Boukadoum, l'artère principale de la ville, vit le même calvaire. A cela s'ajoute le problème de la décharge de Bir Stal située à un kilomètre seulement de la ville. «La nuit, quand ils brûlent les déchets, toute la ville est couverte de fumée et les mauvaises odeurs envahissent l'atmosphère.» Ajoutez à tout cela le chômage, l'oisiveté, une pauvreté de plus en plus évidente et vous aurez alors un magma prêt à couvrir tant de villes et de villages. Le 25 juin 2002, l'Assemblée communale délibère. Elle décide presque à l'unanimité d'attribuer 228 lots de terrain à des citoyens. Seulement, dans la liste définitive, une trentaine de «personnalités», dont l'ensemble des élus, seront incluses et auront à bénéficier de divers lots épars situés dans les meilleurs endroits de la ville. «Ils ont décidé de vendre la ville.» En fins stratèges, les élus impliqueront quelques autres personnes influentes afin de faire taire tout le monde. Un élu aura même quatre lots ! Le 8 juillet, la daïra rejette la délibération. La tension monte dans le clan des élus qui iront jusqu'à annoncer publiquement qu'ils auront leurs lots quand même, quitte à utiliser la force. La liste des attributions circule dans les cafés et sur les trottoirs. La rumeur fera le tour de la ville. La tension monte encore. Une question hante tout visiteur à El Harrouch. Pourquoi les citoyens se sont-ils acharnés à ce point sur la daïra ? Pourquoi ? Pourtant, cette institution a bel et bien refusé l'attribution des lots. Quelques citoyens voient dans ces attaques une volonté de certains bénéficiaires de lancer un avertissement à l'institution. D'autres personnes par contre pensent que la furie de samedi voulait simplement s'attaquer à tout ce qui est public. A El Harrouch, le fossé qui s'est creusé entre élus et citoyens est si évident. Si présent. «On aimerait bien que l'Etat décide par exemple de demander des comptes à ces messieurs et de comparer ce qu'ils étaient avant et ce qu'ils sont devenus aujourd'hui.» La population reste catégorique : les élus ont bénéficié de largesses et à tous les niveaux. «Vivement le 10 octobre !»

K. Ouahab