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300 000 POISSONS MORTS AU BARRAGE DE GUENITRA |
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03 Juillet 2002 |
Catastrophe écologique |
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Le titre aurait pu être changé en «catastrophe économique» et l'ampleur du désastre n'aurait pas changé pour autant. Car en plus des visions apocalyptiques qu'offrait hier le barrage de Guénitra (commune de Oum Toub) et du danger qu'encourt l'infrastructure elle-même, le programme du développement de la pêche continentale dans la wilaya est définitivement mort et enterré. Le gâchis est énorme. Hier, l'odeur du poisson pourri emplissait l'atmosphère, et tout autour de la petite flaque d'eau qui reste encore contenue dans le barrage, des milliers de poissons, des carpes dans leur majorité, flottaient le ventre en l'air. Des personnes rencontrées dans l'enceinte du barrage estimaient les quantités de poisson mort à 300 000 pièces, dont le poids varie entre 5 et 10 kg. En plus, les deux millions d'alevins importés de Hongrie dernièrement n'ont pas survécu à l'asphyxie. De la digue du barrage, on pouvait facilement observer quelques petits bancs de poissons encore vivants qui cherchaient vainement une eau assez profonde pour respirer. Impossible, nous raconte un spécialiste rencontré sur les lieux, «la profondeur la plus importante des eaux actuelles ne dépasse même pas 50 cm. Tous ces poissons périront.» La surface d'eau qui reste encore dans le barrage ne dépasse pas les quelques centaines de mètres carrés. «Il ne reste dans le barrage que quelques milliers de mètres cubes et de la vase !» Le barrage a largement dépassé son niveau mort qui est de l'ordre de 10 millions de mètres cubes, et cela depuis assez longtemps déjà. L'exploitation abusive a amoindri considérablement le niveau des eaux du barrage. Le coup fatal a été donné, selon nos sources, durant la nuit de samedi à dimanche, quand les deux pompes ont été mises en marche et ont pompé 56 000 m3 ! Un volume qui dépasse largement, faut-il le rappeler, les 18 000 m3 autorisés par le ministère de l'Hydraulique ! Cette situation a automatiquement influé sur les eaux du barrage et au lendemain déjà les poissons seront asphyxiés. La température de l'eau est montée vite à 30 degrés, et le phénomène de turbidité provoquera une diminution considérable de l'oxygénation des eaux moins de 15 % d'oxygène dissous. Les poissons se sont laissés alors mourir. Les dangers de cette situation restent très grands et touchent aussi bien les aspects environnemental, économique que celui de la santé publique. Hier, des dizaines de jeunes se trouvaient dans l'enceinte du barrage à pêcher, d'autres en profitaient même pour piquer une tête dans des eaux chargées de vecteurs dangereux ! Il reste seulement à espérer que ces mêmes jeunes ne procèdent pas à la vente de poisson mort et que les autorités parviennent à isoler les lieux et à vider le barrage de ces tonnes de poisson mort. La situation que vit actuellement le fleuron des barrages de la wilaya reste très déplorable. Comment expliquer qu'un barrage qui comptait il y a juste quelques mois plus de 10 millions de mètres cubes se retrouve asséché à ce point ? Pourtant, il y a juste quelques jours, les services de l'hydraulique affirmaient que l'eau exploitable du barrage était de l'ordre de 5 millions de mètres cubes ! Hier malheureusement, on a pu constater que le fantomatique barrage de Guénitra ne représentait qu'une simple flaque d'eau. Pas plus importante qu'un bassin ! Le danger aurait été signalé bien avant mais on a préféré continuer à pomper de l'eau en expliquant que l'alimentation du citoyen en AEP était plus importante que la vie des poissons. Aujourd'hui, les poissons sont morts, et les citoyens ne boiront plus l'eau de Guénitra !
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