La population de Oued Chadi  en colère.

 

Mai 2006

 

« Nous avons perdu confiance… »

 
   

Les relents de la colère étaient vives hier à Oued Chadi sur les hauteur de Stora . Une année après, presque jour pour jour, les habitants de hameau situé à moins de quatre kilomètre à l’ouest de Skikda, sont revenus à la charge pour barrer la route menant à la grande plage. Leur colère était très perceptible. Femmes enfants, jeunes, vieux…tous les habitants du hameau, plus d’un millier et sans exception ont tenu à participer à ériger les barricades et à les maintenir. Aux avants postes des barricades dressées durant la nuit et sous un soleil de plomb, plusieurs femmes accompagnées de leurs enfants veillent non sans exprimer leur courroux « la presse écrite ne suffit pas – lance une vieille- il faut que ‘la télé’ vienne filmer nos conditions de vie pour que toute l’Algérie soit au courant que nous vivons encore dans le baraquement laissé par la SAS .». Aux alentours, il n y à aucun officiel. Même les membres de l’association du hameau sont absents. Seuls des policiers et des gendarmes tentent des amorces individuelles pour dialoguer avec les habitants. C’est la troisième fois que les 200 familles bloquent la même route, très prisée durant la saison estivale pour « dénoncer les lenteurs qu’enregistre le projet de construction de 200 logements ruraux qu’on ne cesse de nous promettre alors que nous ne voyons rien venir » tiendra à nous préciser un des manifestants. Le projet date selon les habitants de plus de trois années. Il n’a officiellement prit forme qu’après les manifestations du 16 juillet 2004. Un événement qui avait emmenée les responsables locaux à l’époque à impliquer les représentants des habitants et à leur garantir que tout allait entreprit pour la matérialisation du projet. « Depuis cette date, on ne voit que nos vieilles demeures qui s’écroulent » lance un jeune. Un autre prend le relais « l’année passé on nous avait déjà promis que notre projet allait bientôt être lancé, et depuis on ne nous nourrit que de promesses. Rien n’a été fait. Pourtant nous demandons juste à voir les prémices de ce projet mais apparentement, tout le monde s’en lave les mains. Nous ne lèverons les barricades que lorsque les responsables daigneront enfin nous apporter des éclaircissements quant à ce retard et aussi des dates précises de son lancement » Ce n’est qu’aux environs de 10h 30 qu’un de l’APC, un vice président en l’occurrence, arrive pour dialoguer avec les habitants. Certains l’acculent par les mêmes répliques « dites nous seulement quand est ce qu’on aura ces logements ? », alors que d’autres demanderont à ce qu’on le boycotte. « Nous voulons parler au maire. Nous voulons du concret, nous n’avons pas besoin de discours, ni de promesses. Si vous voulez qu’on libère la chaussée, montrez nous des preuves matériels relatives à notre projet ». A midi, madame le chef Daïra tentera de dissuader les manifestants, sans y parvenir. Les femmes surtout, se montraient très intransigeantes. La route demeurera ainsi fermée et les habitants ne se priveront nullement de l’aubaine pour exposer leur marasme. « On manque d’eau, de pistes, de routes…de tout. Nos femmes continuent à jour a porter de l’eau sur leur dos et de grimper sur ces talus. Elles parcourent près d’un kilomètre en pente pour ramener l’eau à leurs demeures. » Les jeunes, chômeurs dans leur majorité racontent qu’ils ne font que regarder les touristes passer par leur hameau. A 16h, la tension restait toujours présente. Le dispositif sécuritaire vient d’être renforcé. Répartis en groupuscules, les habitants guettaient au moment où les femmes quittent les barricades pour prendre place sur un talus. A 16h 30 le maire arrive munis de documents administratifs qu’il expose devant les habitants. Il leur fera part que leur projet suit normalement son cours et que les retards sont dûs aux contraintes administratives. Le projet est géré aussi bien par l’APC, la DLEP ainsi que l’agence foncière. Un fait qui nécessiterait une certaine coordination administrative « lisez, c’est un bon de commande fait pour l’étude d’une première tranche, et voilà même les sommes allouées sur le budget communal au profit de votre projet. Je vous invite à venir demain à mon bureau et nous vous communiquerons tous les détails du projet. Je tiens également à vous rassurer que je suis personnellement ce dossier ». Une partie des habitants semblaient convenir à lever les barricades tout en prenant la presse à témoin, mais au moment où les engins de la commune arrivent pour dégager la chaussée, les femmes, tout en refusent l’arrangement proposé par le maire, descendront en groupe de nouveau pour investir la chaussée « Personne ne lèvera ces barricades, à moins de nous marcher sur le corps. Nous allons attendre la réunion de demain et on décidera en conséquence »

Finalement, ce n’est que vers 18 h 30 que les habitants acceptent de dégager la route en exigeant cependant à ce que les troncs d’arbres ne soient pas enlevés mais laissés à côté « on ne fait plus confiance. Si demain le rencontre avec le maire ne nous convaincra pas, nous allons de nouveau dresser les barricades. Nous voulons du concret et nous prenons la presse à témoin quant aux déclarations du maire »

                                                                                                          K.O