L’oléiculture à Skikda

     

Les relents des traditions et du terrorisme

 
   

    

 

         A Skikda l’oléiculture a de tout temps été assimilée à une activité purement autochtone. Plus de 70 % de la superficie occupée aujourd’hui par la filière, et qui avoisine les 6 000 Ha, est cloisonnée dans des zones montagneuses au relief très accidenté. Cette réalité géographique a doublement condamné la filière. D’une part, les contraintes du terrain ont réduit les chances de toute mécanisation, surtout celle de la cueillette, et d’autre part, cet enclavement a exposé sérieusement cette culture aux perpétuelles qui ont secoué la région durant les dernières années.

 

 incursions terroristes  sécuritaires vécues par la région au courant de la décennie noire.

D’abord une évidence : l’oléiculture à Skikda, est entrain de renaître de ses propres cendres après une décennie ‘sèche’, ponctuée par une situation sécuritaire des plus funestes. Cantonnées dans leur majorité dans des zones montagneuses, les oliveraies de la wilaya qui s’étendent sur une superficie de 6 000 Ha, ( 4,5 % de la surface agricole utile)  ont subit les affres des perpétuelles incursions terroristes, qui à la longue, finiront par pousser les agriculteurs à abandonner leurs biens. Dans plusieurs régions à vocation oléicole à l’exemple de Tamalous, Oum Toub, Sidi Mezghiche ou à Es Sebt, des oliveraies ont été longtemps abandonnées. Les agriculteurs racontent aujourd’hui qu’il leur fallait choisir entre deux maux : soit payer une dîme aux groupes terroristes pour prétendre à toute cueillette, soit l’exode. Ce phénomène a aussi touché de plein fouet une grande partie des 43 huileries traditionnelles, généralement implantées dans des zones enclavées, auxquelles on imposait le même diktat. Les huileries qui refusaient toute collaboration avec les groupes terroristes ont été pratiquement mises à sec Ainsi, une grande hémorragie a touché la filière et des centaines d’hectares furent abandonnées à Tamalous, à Bulballout, Bouchtata, Ouled Attia.. Cette situation s’est nettement répercutée sur la récolte. Celle de l’année 2001 à titre d’exemple n’a pas dépassé les 70 000 quintaux pour une superficie de 5 000 Ha, alors qu’en 1990, et sur les 4 540 Ha, les agriculteurs avaient quand même réussis à récolter 62 225 quintaux.

 

         Mais en plus des contrecoups du terrorisme, la filière dans la wilaya de Skikda, qui occupe aujourd’hui une superficie de a également été victime de ses propres atouts. A commencer par les zones d’implantations localisées à plus de 70 % dans des reliefs accidentés, chose qui entrave, selon les services agricoles de la wilaya de Skikda, les travaux indispensables pour le développement de l’espèce (la taille, l’engraissement, traitement phytosanitaires et la cueillette même). A cela s’ajoute le désintérêt affiché à l’égard de la culture de l’olivier depuis l’indépendance. Selon la Direction des services agricoles de la wilaya, l’oliveraie de Skikda est très vieille. L’âge moyen de la quasi totalité des oliviers dépasse les 60 ans et il persiste même des arbres centenaires. Selon les services agricoles « La taille impressionnante des ces oliviers emmène souvent les agriculteurs à recourir au gaulage, qui reste au niveau local le moyens de récolte le plus prisé et l’un des facteurs préjudiciables » et d’expliquer que «  Même si la production oléicole obéit souvent à un phénomène d’alternance, à Skikda   ce phénomène est accentué par les méthodes de cueillette des agriculteurs (gaulage) qui affectent les bourgeons constituant l’essentiel de la production de l’année prochaine.  Ce procédé, interdit dans les pays du bassin méditerranéen continue à nuire considérablement à nos oliviers et hypothèque les productions ».

 

         Aujourd’hui, que ce soit au niveau des services agricoles, de la chambre de l’agriculture ou au niveau de l’association des arboriculteurs de Skikda, le ton est plutôt à l’euphorie. On s’accorde même à reconnaître une percée considérable de la filière malgré les obstacles qui persistent encore. La vocation oléicole de la wilaya semble même vivre un certaine dynamisme qu’on impute au plan national de développement agricole ( PNDA). A ce sujet, les services agricoles avancent que « depuis l’avènement du PNDA, 180 Ha ont été implantés sur l’ensemble de la wilaya et 1000 Ha dans le cadre du programme des concessions. A cela s’ajoute, 22 389 oléastres greffés. Et comme nous avons relevé que pour des raison de rentabilité, les agriculteurs optaient beaucoup plus pour les tailles de régénération par rapport aux nouvelles plantations nous avons réussis à régénéré 45 507 oliviers » Dans le même cadre, les services agricoles font état des opérations de rénovation des équipements de transformation et trituration d’olive ou création de nouvelles huileries. « Onze huileries modernes sont déjà productives sur les 26 validées pour l’obtention d’un soutien dans le cadre du FNDRA. ».

 

Pour leur part, la chambre de l’agriculture et l’association des arboriculteurs de la wilaya reconnaissent la mue que vit la filière. Le président de la chambre affiche même une nette satisfaction « nous allons passer maintenant à l’étape de l’amélioration de la qualité en optant pour la labellisation ». A cet effet, la wilaya de Skikda a été retenue par le Ministère de l’agriculteurs pour faire partie des premières vagues des wilayas à potentiel oléicole pour une éventuelle labellisation de l’huile locale.

Le même constat est relevé chez le président de l’association des arboriculteurs qui reconnaît « un regain d’intérêt relevé chez les agriculteurs devant la rentabilité du marché oléicole » en mentionnant cependant les contraintes de commercialisation «  la filière et malgré les avancées enregistrée ces dernières années reste très fragilisée par le manque d’un véritable circuit commercial. L’absence d’une structure adéquate nuit considérablement aux efforts de développement consentis aussi bien par l’état que par les agriculteurs. A ce jour, d’importantes quantités d’huile de l’année passée, la plus importante depuis plus de dix années, n’ont pas été commercialisées. Et comme nous nous attendons déjà que cette année soit aussi productive, nous craignons déjà que cette production reste dans ses fûts. » Il avancera quand même qu’une cellule de réflexion travaille actuellement pour remédier à cette entrave.

 

                                                                                     K.OUAHAB.