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Stora,
une résonance mélodieuse que Skikda exporte à tout
bout de champ comme une carte postale alléchante.
C'est vrai que Stora est
belle. C'est vrai que côté mer, Stora
est l'un des plus beaux villages balnéaires du pays.
Tout cela est vrai, mais tout cela s'efface aussi
dès qu'on prend la peine de regarder au verso de la
carte postale. Car loin des plages, du port, du
phare et des sentiers sinueux qui ont de tout temps
contribué à la renommée du village,
Stora ressemble plus à un
ghetto qu'à une station balnéaire. Et ce n'est pas
beau à voir. Pourtant, diront les Storasiens, toute
l'armada des responsables locaux et des élus vient
quotidiennement s'attabler aux terrasses du port.
«Ils n'ont jamais fait un pas au coeur du village
pour voir dans quelles conditions nous vivons. Ils
viennent en touristes comme des étrangers». Les
Storasiens disent aussi qu'ils refusent de servir de
boucs émissaires à des responsables en manque
d'inspiration. « Depuis l'indépendance,
Stora n'a enregistré aucun
développement, ou plutôt si, on nous a construit une
école, mais dans sa précipitation, l'entreprise
chargée du projet s'est lourdement trompée et a
inversé le plan de masse», raconte ironiquement un
habitant. En effet, à l'entrée du village, la façade
de l'entrée principale de la nouvelle école Ahmed
Zabana, qui devait donner sur la mer, a été dressée
à contresens et donne plutôt sur les maquis en
amont. Les Storasiens racontent que le jour de son
inauguration, les responsables s'étaient heurtés à
un casse-tête chinois pour trouver l'entrée de
l'école. Et depuis, l'école continue, tout comme le
développement d'ailleurs, de tourner le dos à
Stora. Le village a été
érigé dans sa totalité entre 1860 et 1890 sur les
fondations laissées par les Romains et les quatre
grands immeubles de Stora,
qui abritent plus de la moitié de la population
locale, datent de cette période. L'immeuble Sterno
date de 1887, l'école communale date de 1870,
l'immeuble Négrier a été construit en 1868,
l'immeuble Romain 1887. Seul un immeuble de 40
logements date des années 1960 mais sa posture cache
mal l'état dégradé des autres bâtisses. Une simple
virée à travers les ruelles de
Stora suffit pour témoigner de l'ampleur du
désastre. «A Stora, il n'y
à pas d'immeuble menaçant ruine, car nos immeubles
sont déjà des ruines», se plaît à commenter un
membre de l'association de Stora.
Et il ne pouvait pas si bien expliquer. Les bâtisses
principales de Stora ne
devraient en principe plus exister. Elles ont fait
l'objet de réformes à deux reprises dont la première
remonte à 1975. Mais malgré toutes les expertises de
l'organisme national de Contrôle technique de la
construction de l'Est (CTC) et de l'Office de
promotion et de gestion immobilière (OPGI) et qui
attestent que «ces immeubles menacent ruine…
l'évacuation des occupants est indispensable… le
risque d'effondrement est imminent en cas de
glissement de terrain ou de séisme même à faible
intensité», les habitants continuent à ce jour de
cohabiter avec le danger. Le plus grave dans cette
situation, selon les déclarations des membres de
l'association, c'est que ces immeubles ont été
réformés et délaissés. Les locataires ne payent ni
électricité ni loyer car aux yeux de
l'administration ces immeubles n'existent plus.
C'est là une ruse maquillée d'une administration qui
cherche beaucoup plus à se déculpabiliser par des
bouts de papier plutôt que de s'intéresser au
devenir des habitants. Pourtant il s'agit de vies
humaines. Des citoyens qui n'ont plus où aller.
«Depuis l'indépendance, aucun habitant de
Stora n'a bénéficié d'un
logement dans le cadre du social.» «D'année en
année, la démographie galopante et l'exode massif ne
feront qu'étouffer le village. Aujourd'hui, ils sont
plus de 4000 habitants qui vivent dans leur
globalité de la pêche et de l'agriculture. Une
partie a toujours refusé d'habiter hors de
Stora». Leur argument :
«Nous sommes des pêcheurs et tous nos biens sont
ici. Nous refusons de vivre en déracinés. Nous
accepterons d'êtres transférés dans des lieux de
transit dans l'attente d'une éventuelle opération
tiroir.»
Immeubles délaissés
D'autres, par contre, et ils sont assez nombreux,
se disent prêts à partir habiter à Skikda pourvu
qu'on daigne se souvenir de leur existence. En
attendant, ils restent éparpillés entre le village
et quelques bidonvilles qui s'incrustent dans le
paysage. A Biono, un bidonville de
Stora qui date des années
1980, plus de 30 familles vivent dans l'obscurité
totale à quelques pas seulement d'un transformateur
électrique qui dessert d'autres… bidonvilles !
Paradoxal ? Non, pas autant que cela car
Stora est la terre de tous
les contresens. D'un côté, tout le monde sait que
Stora ne dispose pas de
foncier pour une éventuelle urbanisation et que
seule une opération tiroir pourrait sauver
l'essentiel, mais de l'autre côté, on continue à
traîner depuis 1996 un projet de 46 logements
sociaux qui ne voit toujours pas le jour. Un projet
qui a fait couler beaucoup d'encre, de salive et
d'argent aussi. Pourtant, informé par l'association
quant à la tentative d'accaparement de l'assiette
par deux élus, le ministre de l'Habitat a demandé
officiellement en 2001 de lever les contraintes et
d'entamer les travaux de construction. Qui a intérêt
à retarder ce projet et qui serait si intéressé par
l'assiette foncière qui donne sur la mer ? Les
habitants se disent prêts à accepter que le nombre
de logements soit revu à la baisse, pourvu qu'on
construise. Et que faire pour venir en aide à ces
dizaines de familles qui croupissent sous les
décombres ? Faut-il attendre un séisme pour s'en
débarrasser ? Quelle est donc cette vision, si elle
existe bien sûr, qu'on projette pour
Stora et ses habitants
pour les prochaines décennies ? Les habitants, les
membres de l'association surtout, pensent que le
salut de Stora réside dans
«sa réhabilitation en tant que commune à part
entière comme elle le fut avant le dernier découpage
administratif du moment que l'APC de Skikda tarde
encore à se rappeler de notre existence». Ils
évoquent aussi les problèmes d'ordre
environnemental. «Les eaux usées se déversent
toujours dans le port et la plage et le plus grave
est que les agents de la commune rejettent tous les
décombres et autres détritus sur la route
touristique de la grande plage juste à quelques
mètres du cimetière.» Et dire qu'avec toutes ces
imperfections, on continue à décorer toutes les
façades de Stora qui
donnent sur la mer. Quant à celles de la honte qui
lézardent le coeur du village, les façades des
paisibles citoyens, elles gardent leurs fissures en
attendant de s'écrouler. Mais apparemment le bruit
des vagues, des affaires, des véhicules flambant
neufs et des thés sirotés sur les terrasses est plus
fort que le cri de toute une population.
Stora,
la face cachée du ghetto
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