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Deux
familles vivent depuis déjà un mois en plein air, pour ne pas dire
qu’elles vivent ‘dehors’. Alertés, les responsables locaux
passeront tout ce mois à s’échanger des correspondances où, étrangement,
ils reconnaissent la précarité des dix huit membres de ces familles. Que
ce soit au niveau de la Daïra ou de l’APC, on s’est juste contenté de
gérer le cas de ces sinistrés par paperasserie interposée comme s’il
s’agissait d’une marchandise jetée à l’air libre et non de dix huit
êtres humains. Aucun responsable de ces institutions n’a daigné se
déplacer sur les lieux pour voir l’état catastrophique de ces citoyens.
Normal, quand on vit entre la décharge de Zef Zef et le cimetière du
même nom, on n’attire pas les regards et on souffre dans l’anonymat.
D’ailleurs quel est donc ce responsable qui oserait aller humer la
misère des pauvres gens qui côtoient les morts et les déchets ? Ces deux
familles ont perdu leurs demeures le 6 mars dernier suite à un imposant
glissement de terrain. Leurs bâtisses se sont totalement écroulées comme
si elles avaient été emportées par un tremblement de terre. Depuis cette
date, elles tenteront d’alerter tous les responsables. En vain ! Trop
humbles pour faire dans le ‘tapage’ les chefs de familles resteront un
mois à attendre qu’on vienne à leurs secours au moment où la terre
continuera à glisser. Apeurés, les dix huit membres des familles
aménagent un abri en plastique à côté de leurs maisons en ruines et
continuent leur attente. Une correspondance de la Daïra, datée du 20
mars (deux semaines après le sinistre) vient rappeler aux élus de la
commune que « il a été porté à ma connaissance que deux familles
vivent depuis 15 jours à l’air libre….je vous demande d’inspecter les
lieux et d’agir en conséquence ». Le constat de l’APC est venu le 27
mars reformuler les mêmes appréciations. Sans plus ! Les dix huit
membres continueront à vivre dans leur plastique loin de tous les
regards. Sur instruction de la Daïra, le croissant rouge ainsi que le
service chargé du social de la commune feront semblant d’apporter leur
aide à dix huit citoyens, dont deux enfants handicapés à 100 %. Le
croissant rouge a jugé bon de donner aux deux familles, composées
chacune de 09 membres, 2 litres d’huile, ½ Kg de café moulu, 5 Kg de
sucre… Le service communal fera presque la même chose avec ses 5 Kg de
riz, 5Kg de pâtes, 3 boites de petits pois… et quelques mètres de
plastique ! Très dérisoire, honteux même, surtout quand on sait que l’APC
et le croissant rouge avaient l’habitude d’êtres plus généreux quand
leurs dons se faisaient lors des cérémonies protocolaires où les caméras
de la télévision filmaient en permanence. Il est vrai que dans le cas
des familles sinistrées du Zef Zef il n’ y à que les déchets et les
morts du cimetière. Les morts c’est connu, ça ne voit pas et ça ne vote
pas ! ,
Hier, avec les dernières
averses, le terrain a de nouveau glissé. Les chefs de familles racontent
que la nuit, les deux handicapés, des jumeaux aveugles, étaient les
premiers à sentir le craquement de la terre et l’un d’eux en voulant
fuir, trébucha lourdement et heurta les décombres. Sa tête en garde
encore les traces. Ces handicapés, âgés de 16 ans, passent leurs nuits
dans le froid et l’humidité. « Toutes les nuits, ils n’arrêtent pas
de pleurer de froid et de peur. » raconte leur père. Ce dernier
vient d’ailleurs de perdre son emploi. « Depuis le 6 mars je n’ai pas
rejoins mon travail. Je ne pouvais pas laisser ma famille vivre en plein
air sans ma présence. Je viens juste de recevoir ma suspension »
Les chefs de familles
racontent qu’après un mois, ils sont parvenus enfin à voir le maire et
l’un de ses adjoints. « Le vice président nous a dit qu’on allait
voir notre situation d’ici à samedi prochain » Encore une semaine à
passer sous la pluie, alors qu’on a vu les responsables locaux
entreprendre des mesures exceptionnelles pour déloger des citoyens quand
leur présence gênait un projet, comme c’est le cas des habitants de
Hammadi Krouma qu’on voudrait transférer dans un centre de transit parce
que leur gourbis entravent la remise en service d’une ligne électrique.
Les humains sont-ils devenus moins importants que …les projets ? Faut-il
risquer de mourir pour espérer de vivre à Skikda ? On se le demande !
K.OUAHAB.
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