Zekrana, la fleur et le fusil

       
 

Zekrana est connue pour être une région qui a opposé une résistance farouche au colonisateur comme elle a résisté farouchement aux hordes sauvages intégristes. Comptant sur elle-même, elle s'est lancé son propre défi de développement mais comme partout ailleurs elle a ses propres problèmes.

ekrana a hérité l'héroïsme et la résistance comme un destin. Perchée comme par défi entre trois wilayas (Skikda, Mila et Constantine), elle a de tout temps été identifiée à des actes de résistance et de sacrifice. Durant la guerre de libération, la position géostratégique de Zekrana dans la commune allait faire de cette mechta l'incontournable QG de l'ALN de l'Est.Zekrana, tout comme Sidi S'bih, en paya d'ailleurs le prix fort. En trois jours seulement, l'occupant et par représailles exécuta à coups de napalm et d'armes automatiques plus de 600 habitants. Les séquelles de cette boucherie restent encore vivaces dans le corps et l'esprit des habitants de la région. Et depuis, Zekrana tente de revivre avant que le cauchemar de la décennie noire ne vienne réveiller ses démons. La mechta est de nouveau au coeur de la tourmente. En 1993, les premiers groupes du GIA volent l'agence BADR de Béni Oulbène et se réfugient à Zekrana avant d'y égorger 7 gendarmes. A partir de cette date, les habitants de la mechta prirent conscience que rien ne sera comme avant. Il leur fallait choisir entre l'exode douloureux ou la résistance. Ils optent pour la seconde option, s'arment sous les ordres du premier patriote du pays, H'cène Chaoui, et vont jusqu'à traquer les sanguinaires. Les habitants de Zekrana refusaient l'exode et le signifiaient officiellement. Mais d'année en année, et lassés par les pénibles conditions de vie, ils commençaient à s'essouffler sans pour autant se résigner. S'ils avaient réussi à tenir tête au terrorisme, ils risquent en revanche d'abdiquer devant la précarité et l'enclavement. Quelque 2000 hectares de liège, plus de 10 000 oliviers, des ovins, des bovins et des sources à profusion risquaient d'être délaissés. L'Etat manifeste alors à partir de 2000 une attention particulière à cette région pour la consolider économiquement à travers le programme des concessions. Une piste sur 5 km est érigée mais ne tiendra pas devant les premières pluies. Elle glisse en engloutissant 1,2 milliard de centimes. Les habitants attendent pour voir. Le waIi de Skikda se déplace alors à Zekrana et constate ses réalités et ses prédispositions. Vient alors le programme de proximité de développement rural. Zekrana qui disposait déjà d'une étude pré-établie dans le cadre des concessions, est retenue pour bénéficier de 56 logements ruraux, 119 ha d'arboriculture, l'ouverture d'une piste sur 9 km ainsi que l'octroi de ruches.

 

 

  Les habitants accueillent le programme avec satisfaction et rêvent déjà de jours meilleurs. Mais devant les lenteurs d'exécution, le doute s'installe. Seules les ruches ont été distribuées.Les habitants commencent alors à s'inquiéter. Un membre d'une des familles de Zekrana apporte son témoignage et affirme que le premier souci des habitants de la mechta est leur sédentarisation. Seule garantie pour la réussite du programme de proximité. «Les habitants attendent leurs logements ruraux. Et pour contrecarrer le problème du foncier, ils ont décidé de leur plein gré à léguer une surface de 4 ha pour ériger les 56 logements. La balle est dans le camp de l'administration». Il a également exprimé ses peurs de voir les habitants de Zekrana quitter leurs terres si la situation perdure. Contactés à leur tour, le directeur des services agricoles et le conservateur des forêts ont tenu au préalable à reconnaître l'importance de Zekrana dans la stratégie locale du développement rural. Le DSA confirme que «c'est une région qui a été retenue au préalable dans le cadre des concessions avant de voir son programme de soutien réconforté par l'apport du programmne national de développement rural. Nous sommes déjà parvenus à distribuer les ruches et nous venons juste de signer un contrat avec Safa Babor pour l'implantation des 119 ha. Un projet qui sera mis en pratique incessamment.» Les retards enregistréKL§*

µs seraient dus essentiellement à la charge impressionnante de projets similaires à travers la wilaya et qui devant le manque d'entreprises retarde certaines régions par rapport à d'autres. «C'est un problème de calendrier et de dispositions», tenait-il à conclure. Au sujet des logements ruraux, le conservateur des forêts a déclaré que «c'est vrai que le problème du foncier a représenté avec ses lourdeurs et le nombre d'héritiers un grand problème devant l'accomplissement de ce projet mais nous évoluons vers une solution. Pour aller plus vite, nous allons nous contenter d'une étude notariale sur la parcelle de 4 ha désignée par les bénéficiaires. C'est une option très bien accueillie par le DUC qui est prédisposé à faire un effort pour accepter l'étude. Et je peux m'engager à garantir qu'une fois l'étude achevée, les arrêtés seront signés en une semaine.» En attendant la concrétisation de ces projets, les habitants de Zekrana continuent à maintenir et à manifester leur espoir. Selon des échos parvenus de Zekrana, certains d'entre eux ont fini par abdiquer devant tant d'attente, d'autres en revanche restent attachés à leurs terres et à chaque levée de soleil, ils guettent une lueur nouvelle qui paraît si proche. Elle ne sera d'ailleurs qu'une juste reconnaissance à des dizaines de familles qui n'ont jamais refusé de s'armer et de combattre pour refleurir tout un pays.